"J'ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes
et maintenant je donne ma sagesse
et mon expérience aux animaux."
(phrase prononcée en 1986 lors de sa vente aux enchères)
Le 12 mai 1973, Brigitte Bardot participe à l'émission "Aujourd'hui Madame", présentée par Jacques Garat et Nicole André, à laquelle participe aussi des téléspectatrices et Pierre Masquelier, représentant de la SPA (Société Protectrice des Animaux). Le sujet du débat porte sur la condition animale, Pierre Masquelier rappelant le fait qu'au vue de la loi (article 528 du code civil), l'animal n'est considéré que comme "un meuble"; choquée, Brigitte Bardot intervient ("quoi ?! (...) c'est pas vrai, ça date de quand, ça ? (...) Cela doit changer absolument !") et demande à faire changer la loi. M Masquelier lui explique qu'une charte de projet de loi a été déposée pour faire modifier la législation. Il faudra attendre 2015 pour que la loi reconnaisse enfin le statut de l'animal comme étant "un être vivant doué de sensibilité" (Journal Officiel du 17/02/2015).
- BB sur le plateau de l'émission -
- Dans la rue, BB et son compagnon Laurent Vergez -
Le 06 juin 1973, lors du tournage d'une de ses premières scènes avec son compagnon Laurent Vergez dans L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise, aux alentours du château périgourdin de La Mothe-Fénelon près de Sarlat, Brigitte Bardot remarque au loin une paysanne avec deux petites chèvres, présente pour faire de la figuration.
- captures extraites de la scène du film: on y aperçoit la paysanne et les chèvres -
- captures d'images filmées sur le tournage le 6 juin 1973 -
A la fin de la journée, Brigitte, sa chienne Pichnou qui la suit partout, et le photographe Jacques Esparbié, reporter pour le journal régional La Dépêche du midi et qui suit Brigitte dans tout ses déplacements, rejoignent l'hôtel à pied. C'est ainsi qu'ils croisent sur leur chemin la paysanne, et en carressant les chèvres, Brigitte apprend par la paysanne que celle-ci est impatiente que le tournage de la scène se termine, car une de ses chèvres est promise à un triste sort: le dimanche suivant, elle doit être servie en méchoui à la communion de son petit-fils. L'autre chèvre étant déjà vendue comme reproductrice pour faire du fromage. Brigitte s'indigne, son sang ne faisant qu'un tour, et propose à la paysanne de racheter sa chèvre: "Je n'avais qu'une idée en tête, sauver ce bébé chevreau, pas plus grand que Pichnou." Jacques Esparbié racontant que "Brigitte a fait un bond; elle s'est emparée de la chèvre et elle est partie", il a à peine le temps d'appuyer sur le déclencheur de son appareil photo, immortalisant ainsi ce moment qui va changer radicalement la vie de Brigitte.
- Brigitte et la chèvre sous le bras, avec la paysanne en second plan -
Puis elle rentre à l'hôtel où elle loge pendant la durée du tournage, avec sa chienne Pichnou et sa chèvre, qu'elle baptise Colinette. La direction de l'hôtel voit plutôt d'un mauvais oeil l'arrivée de cet animal de ferme. Brigitte racontera que "cela posait problème, surtout qu'il fallait lui donner le biberon toutes les trois heures et qu'elle bêlait à fendre l'âme dès qu'elle était seule." Après avoir mis la chèvre dans une pièce attenante à la cuisine, où la chèvre va saccager la vaisselle et Brigitte devant rembourser la note, et ne trouvant aucune issue face aux propositions qu'elle fait (comme louer une chambre exclusivement pour la chèvre), Brigitte décide alors de monter la chèvre dans sa chambre, dormant avec la chienne et la chèvre dans son lit. "Tout se passa au mieux ! Je les sortais en laisse, et elles faisaient sagement leurs besoins sur la pelouse impeccable de l'hôtel, sous l'oeil réprobateur des jardiniers et des clients qui me prenaient pour une folle !" Colinette va vivre pendant quinze ans; Brigitte l'ayant installé à sa propriété de Bazoches, et la décrivant comme "une petite chèvre-chienne apprivoisée, adorable et intelligente !".
- Colinette la chèvre et Pichnou la chienne dans le lit de l'hôtel -
C'est un déclic pour Brigitte, qui va prendre là une décision qui va faire le tour du monde, et qui sera irréversible: "C'est à ce moment précis que j'ai pris la décision d'arrêter définitivement ce métier. Je me vis dans le miroir avec tout mon harnachement moyenâgeux sur le dos, Pichnou et Colinette sur mes talons, bêlant et aboyant. J'eus subitement ras-le-bol de tous ces faux-semblants, je me sentis prisonnière, tellement éloignée des valeurs de la vie. Tout cela me sembla dérisoire, superflu, ridicule, inutile." Le soir du 6 juin 1973, elle informe Nicole Jolivet de France-Soir, qui se trouve là pour un reportage, le scoop qu'elle arrête définitivement le cinéma, en prenant sa décision seule, sans en avoir discuté avec son agente Olga Horstig: "Eh oui, je me retire ! Il n'y a pas de quoi faire tant d'histoires. J'ai tourné plus de 48 films en 21 ans et je trouve que ça suffit. Je ne peux plus assumer le fait de me consacrer à un métier qui ne me touche pas personnellement. Je veux vivre." Mais quand la journaliste lui demande ce qu'elle compte faire, Brigitte répond naturellement: "Pour l'instant ? Rien." La nouvelle est même annoncée le soir même au journal télévisé de l'ORTF: "C'est peut être son dernier film que Brigitte Bardot est en train de tourner à Sarlat dans le Périgord."
- capture du JT du 6 juin 1973 -
C'est un raz-de-marée médiatique, bon nombre de journalistes venant sur le tournage pour interviewer Brigitte, bien que personne ne semble la prendre au sérieux, certains journalistes disant que "Brigitte Bardot plante les caméras pour aller planter ses choux", ou encore "Depuis lors, les cours (de la chèvre) ont légèrement augmenté en Dordogne" (La Dépêche du 16/06/1973), et comme raconte Brigitte dans ses Mémoires: "On me tourna en dérision. J'arrêtais le cinéma à cause d'une chèvre ! (...) Je n'attachais plus aucune importance à ces commentaires, suivant comme toujours mon instinct, ma ligne de conduite et mon coeur." Dans une interview en 2019, Brigitte expliquera "avoir pris conscience qu'une vie d'animal était plus importante que toutes ces singeries." Brigitte va tout d'abord se sentir "allégée d'un poids terrible", avant d'angoisser sur cette nouvelle vie qu'elle ne sait encore comment mener: "l'avenir m'apparut soudain comme un abîme sans fond, un gouffre noir et angoissant."
- La presse de 1973 -
The Sunday Times Magazine, GB, du 22/07/1973 article "Bye Bye Bardot"
Womans World, GB, du 21/11/1973 "Brigitte Bardot making last movie and plans to 'just live'"
Brigitte Bardot ne reviendra jamais sur cette décision de mettre fin à sa carrière, pourtant prise à l'origine sur un coup de tête, et malgré les nombreuses propositions qu'elle continuera de recevoir via son agente Olga Horstig; Brigitte racontera dans une interview télévisé en 2019 qu'on lui a proposé des ponts d'or, des "trucs super intéressants", comme de tourner avec Marlon Brando, et même avant de prendre cette décision, elle s'éloignait déjà du cinéma, ayant refusé le film "L'Affaire Thomas Crown" en 1968 dont le rôle proposé échouera à Faye Dunaway. Elle ira même jusqu'à déclarer dans une interview au Monde le 20 janvier 2018, qu'elle n'avait jamais aimé le cinéma qui n'est que "superficialité et frivolité"; "Il fallait que mon imprésario me botte le cul pour que j'aille aux premières de film et dans les cocktails. J'en avais horreur. La simple lecture d'un scénario m'angoissait, et pendant la vingtaine d'années où j'ai enchaîné les films, j'avais le ventre noué et je développais un herpès au début de chaque tournage". C'est à la suite de cet article que le photographe Jacques Esparbié se replonge dans ses archives photographiques, puis écrit à Brigitte en joignant la photographie; ce cliché qui a immortalisé et figé à tout jamais ce tournant dans la vie de BB; en retour, Brigitte lui répond, en dédicacant la photographie et l'accompagnant d'une carte manuscrite qu'il partage dans les médias: "Adorable Jacques (...) Cette photo est formidable. La sorcière mangeuse de chèvres et la fée des animaux qui sauve 'Colinette'. C’est symbolique ! C’est le tournant de ma vie, et vous étiez là au bon moment. Merci, merci, merci. Je vous embrasse de tout mon cœur."
- Photographie et carte de remerciement de BB à Jacques Esparbié -
- VIDEO - reportage "20h30 Le Samedi", France 2, 22/02/2020 "La chèvre de Brigitte Bardot"
Sources: Livre "Initiales B.B. mémoires", 1996 Livre "Bardot l'indomptable", 2011 Documentaire "Brigitte Bardot, Le serment fait aux animaux", 2019 Article "Brigitte Bardot a dit adieu au cinéma" surcineday orange , 01/2018 Article "La photo où Bardot a dit adieu au cinéma" surLa Dépêche, 18/03/2018
L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise
Captures- Générique d'introduction
L'introduction du film nous présente le personnage de Colinot (Francis Huster) en chanson du moyen-âge; on aperçoit sa rencontre avec Bergamotte (Ottavia Piccolo) à un puit d'eau. Par dessus les images, défile le générique: il est intéressant de noter l'ordre d'apparition du nom des acteurs, qui n'est aucunement lié à un classement spécifique (pas en ordre alphabétique, pas en ordre de leur apparition dans le film, pas en rapport avec la notoriété de chacun ni selon l'importance de leur rôle). Juste après le titre du film, c'est Nathalie Delon qui ouvre le bal des acteurs, Francis Huster est cité en avant-dernier, suivi de Brigitte Bardot, énumérée ainsi en dernier mais en caractère bien plus important et dans un encadré, mais présentée comme faisant une "participation"(son personnage est pourtant celui qui apparaît le plus à l'écran juste après Francis Huster); la réalisatrice Nina Companeez s'est placée en dernière position, comme pour faire honneur aux acteurs.
L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise
Captures -1
La première scène de Brigitte Bardot dans le film est à 21min 50sec : elle y fait une entrée remarquée. Pendant que Colinot (Francis Huster) et Tourneboeuf (Henri Tisot) se restaurent dans un troquet, une mystérieuse dame entourée de sa cour entre (on aperçoit Laurent Vergez, le compagnon de BB à cette époque, en chevalier); le tenancier est dans tout ses états et au garde à vous pour "sa seigneurerie"; la dame chantonne avec sa troupe et parle dans une langue qui est étrangère à Colinot. Les deux comparses observent de loin en étant émerveillés et subjugués. La "seigneurerie" s'asseoit à une table à l'écart pour manger, où le tenancier ferme un grand rideau pour les maintenir à l'écart des regards.
L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise
Captures - 2
La deuxième apparition de Brigitte Bardot dans le film (à 53 minutes), est courte et furtive, où elle n'a pas de dialogue, mais c'est dans cette scène que son personnage est présenté: Colinot (Francis Huster) et Bertrade (Nathalie Delon) arrivent dans un champ où est organisé un tournoi festif. Un spectateur décrit à Colinot la belle dame (Brigitte Bardot) qu'ils aperçoivent de loin, marchant de long en large avec un de ses chevaliers (Laurent Vergez): "on dit qu'elle a fait trépasser plus de chevaliers que toutes les croisades !". Le tournoi s'engage, mais Colinot n'a d'yeux que pour la belle, qu'il avait croisé à la taverne. Il se renseigne, pose des questions au spectateur qui lui répond "elle vient du pays d'Oc. Elle vient chercher de la chair fraîche. Ils sont peut être tous morts de par chez elle !" C'est dans cette scène qu'on apprend son nom: "on l'appelle la belle Arabelle". Colinot la scrute, la dévisage, si bien qu'Arabelle le remarque et leurs regards se croisent; il pense à voix haute: "ce n'est pas trop qu'elle ait deux fois "belle" dans son nom." Bertrade, jalouse, gifle Colinot et ils partent dans la forêt. Pour info: c'est lors du tournage de cette scène, le 6 juin 1973, que Brigitte Bardot remarque, parmi les figurants, une paysanne avec deux chèvres. L'une des chèvres étant destinée à un méchoui, Brigitte achète la chèvre et prend conscience de la frivolité du milieu du cinéma face à la souffrance animale. Elle prend la décision d'arrêter le cinéma.
L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise
Captures - 3
La troisième scène de Brigitte Bardot dans le film (à 01h 15min) est plus importante que ses scènes précédentes, où elle énonce plusieurs dialogues: La belle Arabelle (Brigitte Bardot) entourée de sa cour, sont à cheval aux abord d'une forêt. Son chevalier (Laurent Vergez) est à pied, tenant son cheval. Sur leur route, ils croisent un vagabond (Francis Blanche) en train de déféquer en pleine nature. Arabelle se moque de lui, et le vagabond, en apprenant l'identité de la belle, lui propose ses services de poètes. Arabelle décide de l'intégrer dans sa troupe composé de poètes et musiciens. Ils reprennent la route et Arabelle apprend par le vagabond qu'il a croisé un jeune homme, qu'elle identifie comme étant Colinot, qu'elle ne connait pas encore, mais dont elle avait croisé le regard. Alors Arabelle et ses dames partent ensemble au galop; elles tendent un piège à Colinot (Francis Huster) en pleine forêt. Arabelle mimant un malaise, Colinot est troublé et elle se fait raccompagner à son château par Colinot. Arrivée dans la cour du château et entouré de sa troupe, Arabelle dévoile la supercherie, se moquant de la naïveté de Colinot, qui cependant, dispose d'une certaine répartie qui trouble Arabelle qui manque de trébucher. Puis Colinot repart et Arabelle l'observe de loin.
L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise
Scène Coupée
Cette scène semble faire partie dans la continuité de celle où Arabelle (Brigitte Bardot) a tendu un piège à Colinot (Francis Huster) pour le ramener à son château (la troisième apparition de Brigitte Bardot dans le film); en effet, elle porte la même robe et la scène se passe dans la cour intérieure du château. On voit Arabelle (Brigitte Bardot) en compagnie d'un musicien qui lui chantonne une chanson, puis elle rejoint son chevalier (Laurent Vergez); ils vont à la fontaine, où elle boit une gorgée d'eau, puis ils discutent ensemble en montant des escaliers entourés d'une haie taillée, puis arrivent dans une petite cour où ils s'assoient: Arabelle explique au chevalier qu'elle désire trouver l'inspiration pour écrire "un poème de rien". Cette scène a été filmée lors d'un reportage journalistique sur le tournage du film. Il s'agissait de l'unique scène de dialogue pour Laurent Vergez qui énoncait un texte pourtant bien maigre ("cette chanson, de quoi parle-t-elle ?", ou encore en interrogeant Arabelle sur son poème: "s'il ne parle de rien, de quoi parlera-t-il ?") - une scène de la vie légère d'Arabelle et de ses troubadours qui ne figure pas dans le montage final du film. > voir leReportage sur le tournage du film "Colinot"
Captures
- captures extraites du reportage TV pendant le tournage -
L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise
Captures - 4
La quatrième scène de Brigitte Bardot dans le film (à 01h 26min) nous montre son personnage dans son château, où elle chante une chanson en jouant de la guitare médiévale: Après avoir retrouvé Bergamotte qui l'a éconduit, Colinot (Francis Huster), qui est parti à cheval, se retrouve perdu en pleine nuit, sous l'orage, dans la forêt. Un éclair s'abat sur un arbre qui prend feu et le cheval prend peur; Colinot tombe à terre et le cheval prend la fuite. Pendant ce temps, la belle Arabelle (Brigitte Bardot) passe une soirée festive dans son château; pendant qu'elle danse avec son prétendant de chevalier (Laurent Vergez), elle lui explique qu'elle est veuve (son premier mari est mort de la peste) et qu'elle ne souhaite pas se marier de nouveau, d'autant qu'elle lui fait part de manière franche qu'elle n'est pas amoureuse. Elle prend l'air sur le balcon, lorsqu'elle découvre l'arrivée d'un cheval (celui de Colinot); elle demande à son personnel de partir à la recherche de son cavalier qui, pense-t-elle, est peut être blessé. Colinot est ainsi retrouvé et ramené au château. Arabelle soigne sa jambe avec un baume désinfectant qu'elle a elle-même concocté. Puis le vagabond (Francis Blanche) entame une chanson sur le début des aventures de Colinot et lui demande ce qu'il est advenu de sa recherche de celle dont il est amoureux (Bergamotte). Arabelle ne le laisse pas répondre, prend la guitare et entonne une chanson pour se moquer de Colinot; qui, à son tour, prend la guitare et se moque d'Arabelle, sous-entendant que l'objectif de son hospitalité est de le séduire. Arabelle décide donc de lui expliquer ce qu'est l'amour à travers un spectacle de marionnettes, puis elle part se coucher en disant "bonsoir croque chaton" à Colinot, par un regard soutenu.