Bardot: "J'ai aimé Serge à la folie"
article publié sur lejdd.fr
le 18 janvier 2010
L'icône des sixties, incarnée dans le film de Joann Sfar par
Laetitia Casta, raconte son intense passion pour "l'homme à la tête de
chou".
"Nous
avons vécu un amour très pur et très romantique. Un amour comme on en
rêve, une fois dans sa vie. Quarante ans sont passés, mais notre
histoire reste un moment sublime de passion. Serge était un garçon
réservé et pudique, vraiment très pudique, dont je garde un souvenir
merveilleux. Rien ne m’énerve plus que d’entendre dire des inepties à
son sujet. Il n’avait rien, strictement rien, d’un pervers ni d’un
détraqué. Il adorait le beau. Il attirait le beau. Je l’ai aimé et il
m’a aimée, à la folie..."
A Saint-Tropez, chez elle, Brigitte Bardot, en dépit du mauvais temps
qui délave l’horizon et des méchants vents qui s’engouffrent dans la
baie des Canoubiers, évoque avec chaleur, parce que je le lui demande,
et non parce qu’elle se complaît dans le passé, l’image du Serge
Gainsbourg qu’elle a chéri. Elle n’a pas vu le film de Joann Sfar qui
la met en scène dans un des chapitres de l’histoire. Elle rappelle que "Laetitia
Casta, très gentille et très mignonne, avait téléphoné à la Madrague,
il y a quelques mois, un soir, bien avant d’accepter de jouer mon rôle.
Nous avions longuement discuté. J’ai vu hier des premiers extraits du
film à la télévision. Cela m’a amusée. Je l’aime beaucoup et je trouve
qu’il n’y avait pas mieux qu’elle pour m’incarner"..
"Un des moments les plus érotiques"
Brigitte rit quand elle entend dire que le long-métrage la fait
arriver, d’un pas décidé, dans la vie de Serge Gainsbourg, un lévrier
afghan tenu en laisse. "Jamais eu de tel chien!"
Contrairement à la légende répandant l’idée d’une première rencontre
dans un restaurant avec des mains se cherchant sous la table, l’actrice
raconte que, alors qu’elle préparait le show télévisé du nouvel an
1968, Gainsbourg l’appela au téléphone, parlant peu et très bas. "Il
voulait me rencontrer et me faire entendre quelques chansons qu’il
avait composées. Il m’a demandé si j’avais un piano dans mon
appartement de l’avenue Paul-Doumer. Je possédais un Pleyel, qui est
maintenant dans ma maison de Bazoches. Serge est venu et on s’est
retrouvés très intimidés. Quasiment sans voix. Il a joué Harley Davidson, une
idée bizarre, car je n’avais jamais fait de moto. Je n’osais pas
chanter devant lui. Je restais bloquée et les mots coincés au fond de
ma gorge. Il fallait faire quelque chose. Il m’a demandé si j’avais du
champagne. Nous en avons bu, un peu, beaucoup, et j’ai pu alors
attaquer sa chanson, avec insolence et avec sensualité. Le lendemain,
il me faisait envoyer une caisse de champagne d’une marque qu’il
préférait et revenait me faire répéter, encore et encore."
"Ce n’est que, des jours plus tard, après avoir cette fois enregistré Harley Davidson, que
nos doigts se sont croisés et que plus rien d’autre, plus personne
d’autre, n’a existé pour moi. J’étais mariée à Gunter Sachs, mari
fantôme, alors que j’avais besoin d’appartenir corps et âme à un homme
qui soit présent et que j’admire. Serge était là et je l’admirais
jusqu’au vertige." La suite, tout le monde la connaît. Brigitte raconte que, le jour de l’enregistrement de Je t’aime moi non plus, ils disposaient d’un micro chacun, distants d’un mètre. "On
mimait les paroles et les bruits d’un couple faisant l’amour, en nous
tenant par la main. Je crois que l’effleurement de nos doigts, les uns
contre les autres, reste un des moments les plus érotiques que j’aie
vécus." Bardot précise n’avoir pas rencontré les parents Ginzburg. "Il
y avait des pans entiers de sa vie qu’il ne m’a pas montrés. J’ai
découvert récemment que Serge avait été peintre et qu’il avait des
enfants d’un précédent mariage."
Menacé d’un scandale par Sachs s’il sortait Je t’aime…
Bardot se souvient comment il accepta à la dernière minute de supprimer
la chanson du disque et d’en enfermer la bande dans un coffre chez
Philips. Peu après, Gainsbourg allait dire au revoir à Brigitte chez
elle alors en partance pour Almeria et le tournage de Shalako
(un western avec Sean Connery). Elle bouclait ses valises, que
Gainsbourg truffa de mots d’amour griffonnés sur des feuilles de
musique. "Il voulait venir me retrouver en Espagne mais mon mari était là. Notre séparation, sans cris ni heurts, est devenue définitive." En guise d’adieu, "Gainsbarre" devait composer Initiales BB. "C’est l’hymne nostalgique qui glorifie pour toujours l’image de déesse adorée que j’avais, à ses yeux d’artiste d’exception."
*Henri-Jean Servat, Journaliste, écrivain, commissaire de l’exposition Bardot, Espace Landowski, Boulogne-Billancourt (92). Jusqu’au 7 mars.